Zapoï est une référence dans le monde merveilleux des marionnettes. Denis Bonnetier et Stanka Pavlova tirent depuis plus de 20 ans les ficelles de la compagnie valenciennoise. Les créateurs du Festival Itinérant de Marionnettes ont sorti de leur chapeau, leur nouvelle création WEST RN, « un western coquillette, une bande dessinée vivante ». Nous avons pu nous glisser le temps d’une répétition dans le processus de création, avant la grande première au Phénix en février 2018. Rencontre.

WEST RN, c’est l’ histoire de deux jeunes filles ivres de liberté…

On les a tous vus les spectacles de Zapoï, la Cie créée par Denis Bonnetier et Stanka Pavlova. A chacun ses préférences, Les tranchées, Malgré eux, Moustache, J’ai une soif de baleine...Pour 2018, place à cette nouvelle création, une épopée rocambolesque imaginaire, un film de cow-boy en miniatures. Un spectacle tout public à lire avec des ombres, des marionnettes, des silhouettes, des dessins, des fantômes, des esprits, un chapelier…

L’histoire? Écrite par Filip Forgeau et mise en scène par Denis Bonnetier « est le récit de deux jeunes filles qui vont vivre une aventure digne des légendes de l’Ouest. West RN c’est presque un western, un road -movie, une balade imaginaire dans les plaines sauvages de l’Ouest, une épopée étrange où la route nationale n°4 zigzague entre les cactus et où les restos routes sont infestés de bandits.» Leur véritable histoire deviendra une légende. Une de celles qui se racontent dans les saloons.

La tentation est forte. Les références au western vont-elles parsemer la bande film comme la poussière de La porte du Paradis ? Monument Valley, la lumière, l’ombre, les paysages, un chemin de fer, les chapeaux, les saloons, des colts, l’affrontement final, le face à face, des héroïnes attachantes et un méchant, un vrai.

@Hippolyte 775 425

Une première au Phénix en février 2018.

Co-production Le phénix, scène nationale Valenciennes, pôle européen de création, Le Bateau Feu, scène nationale Dunkerque, La Barcarolle EPCC Spectacle vivant Audomarois et Le Studio Théâtre de Stains, avec le soutien de la DRAC Hauts-de-France et du FEAC (Ministère de la Culture et Ministère des Outre-Mer), du Conseil Régional Hauts-de-France, de la Ville de Valenciennes et du Département de la Seine-Saint-Denis, West RN est un projet né en janvier 2016, agrémenté d’un travail de plateau qui a démarré en janvier 2017 pour une sortie en février 2018 au Phénix.

Ce nouveau spectacle de la compagnie, soutenue aussi par le Conseil Départemental du Nord et Valenciennes Métropole, joue sur plusieurs codes : la BD, la projection d’images, le théâtre d’ombres, la lecture, la vidéo, etc. « Trois interprètes/ marionnettistes évoluent dans un dispositif scénique où les projections d’images et le théâtre se côtoient pour proposer au public la lecture d’une bande dessinée vivante, empruntant au théâtre de marionnettes sa science de la mise en mouvement. Le texte et les dialogues existeront à travers la bulle, les onomatopées, les cadrages, les juxtapositions de cases dans un même champ visuel seront les codes utilisés au service de la dramaturgie », révèle Denis Bonnetier.

Quelques pas à l’intérieur d’une bulle de Bande Dessinée. Un coup d’œil au tour de magie invisible pour le spectateur, la marque de fabrique de Zapoï.

A ce stade de création de West RN, « seulement 10 à 20 % de la première mouture est gardée. », notent Filip Forgeau et Denis Bonnetier accompagnés de la troupe composée de Marion Belot, Thaïs Trulio et Coline Fouilhé. Usmar à la création musicale, Christophe Loiseau à la création vidéo, Germain Wasilewski à l’ingénierie scénographique et en alternance avec Alexandre Paquin à la régie, Lorraine Desserre et Arthur Valter aux recherches et animations vidéo.

©ChristopheLoiseau

En ce soir de mi-septembre, lors d’un entre(2)scènes aux Nymphéas d’Aulnoy-Lez-Valenciennes,  « c’est une étape de travail qui se situe au milieu du processus de création. Il y a plusieurs périodes de résidence. C’est quelque chose de flottant encore. » C’est sur les terres bretonnes que l’équipe a mis en place le dispositif scénique de plateau, « avec Filip nous y avons posé l’histoire, faisant de nombreux allers-retours incessants entre l’écriture, son rapport à la scène et à la bande dessinée. Cette relation devient indispensable à notre processus de création.» C’est là aussi que le storyboard s’est dessiné. « Il pose une base de travail mais les espaces vides sont nombreux, le son, le mouvement, la lumière, le rapport aux corps des interprètes, le temps de lecture et de perception du spectateur. »

A Filip Forgeau, auteur collaborant très régulièrement avec la Cie Zapoï, d’ajouter « ce qui est passionnant sur ce projet est qu’il y a un énorme travail différent sur l’image. Toute l’équipe pluridisciplinaire entre en scène, et puis début octobre un nouveau dessinateur prendra la suite du travail d’Hippolyte. L’idée est aussi d’écrire du texte qui va être lu aussi, et du texte écrit et non parlé. Les dimensions, l’animation, la taille, la couleur, les vibrations….il faut mettre en mouvement le texte. C’est un jeu comme au cinéma, il y a le scénariste, parfois aussi le dialoguiste. » Le dialogue et les pensées se présentent sous forme de bulles, comme en bande dessinée. Tout comme la musique, un clin d’œil à Ennio Morricone, réalisée par Usmar, artiste, auteur-compositeur-interprète, travaillant depuis vingt années pour la compagnie. En somme, il faut trouver les notes justes pour accompagner et sublimer la symphonie. Denis Bonnetier recherche la simplicité dans le dispositif « que l’ensemble du dispositif vienne contrebalancer l’impact des nouvelles technologies. Que cela se passe en douceur. »

De notre capacité à rêver. Et si on laissait s’envoler l’imaginaire…

Et maintenant où en est -on ? Ils sont toujours sur la route.. « A partir de cet entre(2)scènes, toute une partie du travail va se scinder, les dessins, la confection des marionnettes, la scénographie, etc. » La prochaine étape se déroulera sur Paris, « la lumière commencera à se positionner dans l’espace, le musicien compositeur viendra sur cette période. » Suivront en février, 15 jours à Amiens « pour tout le travail de jeu, de rythme, de transition, de dynamique, etc. » puis une semaine au Phénix avant le grand saut. Celui dans lequel petits et grands vont glisser et flotter, car« le théâtre de marionnettes, comme les arts de la scène, fait appel à l’imaginaire. Ils créent des liens de manière automatique en fonction des individus. Ils font appel au spectateur pour qu’il complète l’action par son propre imaginaire », confie Denis Bonnetier. « Il aide à faire le passage entre l’adolescence et le monde des adultes, il nous renvoie à notre propre histoire. Le tout en allant vers l’inconnu, vers un territoire à explorer…c’est la vie ça! » Ce spectacle aborde la question de l’adolescence, les deux jeunes filles transforment leur réalité par l’imaginaire. « Les filles nous prouvent que le réel n’est pas inéluctable, que notre capacité humaine à rêver peut nous faire changer le monde », note Denis Bonnetier.

Est- il nécessaire de prouver au monde que l’ imaginaire peut le transformer ? Que rien n’est immuable, que l’imagination et la créativité peuvent littéralement changer les codes établis. Alors chut, on ne vous en dira pas plus, sauf que Lewis Carroll avait bel et bien raison et que cela nous enchante « mais alors, dit Alice. Si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un? »

Céline Druart

Infos pratiques. Durée 1h – Âge minimum conseillé : 9 ans. Du 12 au 23 février 2018 au Phénix.

Production co-financée par Pictanovo, avec le soutien de la Maison Folie Wazemmes à Lille, Le Boulon – CNAREP à Vieux-Condé, Les Nymphéas à Aulnoy-lez-Valenciennes, Le Tas de Sable – Ches Panses Vertes à Amiens, Le Mouffetard théâtre des arts de la marionnette. Remerciements à l’Ecole RUBIKA.

 

 

 

Publié par Celine Druart le 10 octobre 2017
compagnie Zapoï Denis Bonnetier Stanka Pavlova. West RN
Il était une fois dans l’ouest…la Cie Zapoï.
Facebook Twitter Linkedin