Il vient d’entamer sa troisième saison avec Denain et ça démarre en trombe comme un premier pas. Jérôme Cazenobe a en effet la meilleure évaluation de tous les joueurs de PRO B sur la Leaders Cup. Inutile de lui en parler, l’intérieur (2m03, 28 ans) ne se focalise que sur les victoires. Rencontre avec le sportif qui n’a commencé le basket qu’à 16 ans et n’a pas encore atteint ses limites.

Famille

Crédit photo : Pascal Thurotte

Ses parents ne sont pas sportifs. Il a un frère rugbyman et un qui pratique la natation et la musculation. Il fait du judo dès l’âge de 7 ans avec un copain. Il en fera 9 ans et obtiendra la ceinture marron. En parallèle il joue au foot. Pourquoi ? « Mon père était branché foot ». Le jeune avait donc 4 entraînements par semaine, 2 de judo et 2 de foot.
Jérôme Cazenobe a toujours pu compter sur le soutien de ses parents, « ils sont toujours derrière moi. Ils ont fait beaucoup d’allers-retours pour m’emmener à l’entraînement. Je ne sais pas si je le ferai. Ils ont été géniaux, ils m’ont toujours soutenu, conseillé mais pas influencé. Ils ne sont pas intrusifs. Ils viennent dans le Nord deux fois par an pour s’assurer que tout va bien ».

Formation

Le parcours du sportif bascule lorsque sa mère est mutée à Aix-en-Provence. « Je n’ai pas retrouvé la même ambiance que dans mon ancien club de judo. Je ne connaissais personne, j’étais introverti. Dans mon Lycée à Aubagne un surveillant, qui était basketteur, a repéré ma taille. Son frère était l’entraîneur des U18 France à Fos-sur-mer. J’ai intégré le centre de formation à 16 ans. C’était dur au début. Ils ont vu que j’en voulais, j’avais faim. J’avais beaucoup de lacunes techniques mais pas de défauts à corriger. J’ai bien appris avec un bon entraîneur. Je n’avais pas la prétention de prendre la place d’un joueur, je ne maîtrisais pas ce que je faisais ».

Une nouvelle mutation déplace la famille à Perpignan. « Je jouais à Toulouges en Nationale 2 et j’étais à l’IUT GEA. C’était dur les devoirs après l’entraînement. Puis j’ai pris conscience que ça pouvait être un métier, j’ai tenté le coup ! ».

Les débuts chez les pros

Crédit photo : Pascal Thurotte

Le basket professionnel commence en Nationale 1 à Souffelweyersheim. « Ce club a une bonne réputation, j’ai pris un agent et je suis venu en Alsace. Je me suis adapté facilement, même à la température. C’est sûr que c’est bien de jouer près de sa famille mais mon métier c’est basketteur, la ville c’est secondaire. La première année nous montons en PRO B, la deuxième nous nous maintenons tranquillement ».

 

 

Quelles sont ses limites ?

Celui qui aimerait avoir la détente de son équipier Lance Goulbourne est conscient qu’il «  progresse d’année en année. J’ai beaucoup appris aux côtés de Zachery Peacock à Bourg-en-Bresse. J’essaie d’être le plus sérieux pour ne pas avoir de regrets, je me donne à fond, après je verrai. Je ne pense pas à moi, j’ai envie de gagner des titres. Ce qui reste c’est ce que tu as gagné, si je mets 20 points, personne ne s’en souvient. Je ne sacrifierai pas ce que j’ai ici pour aller en PRO A et avoir un rôle mineur. En PRO B je prends du plaisir, je m’épanouis. La stat la plus importance c’est le nombre de victoires ! Oui le basket est un sport à chiffres mais la vraie stat c’est l’équipe qui a gagné. Imaginons que je marque 2 points et distribue 6 passes, que nous gagnions, je serai super content ».

Encore perfectible

Le joueur qui porte le numéro 13 pense qu’il doit améliorer son physique et développer un tir à mi-distance pour passer en PRO A mais « ce n’est pas une obsession ». Il cite en point fort «  ma vision du jeu et mon jeu dos au panier ».
De retour à Denain la saison dernière le natif de Montfermeil a perdu 6 kg, « je le ressens au niveau des genoux et des déplacements. Je n’ai pas été formé sur l’importance de la diététique, je n’avais pas pris conscience de ça ».

Gagner un titre avec Denain

Crédit photo : Pascal Thurotte

Denain joue sur plusieurs tableaux : la coupe de France, la Leaders cup et le championnat.
« Aller en finale de la Leaders Cup à Disney ça serait bien pour le club et la gagner. J’ai déjà vécu des finales mais je ne les ai pas assez savourées à l’époque ». Pour le championnat «  l’objectif c’est les play-offs, il faudra arriver en forme au bon moment et au complet.  J’espère que nous les ferons ». Celui qui partage sa chambre avec Pierric Poupet en déplacement s’entend « bien avec tout le monde, je suis dans l’échange, j’aime parler, connaître les histoires des uns et des autres. Ce sont les valeurs du basket : partager, échanger, persévérer. Quant tu perds 1 ou 2 matchs, il y a des critiques. Quand tu travailles dur, t’es toujours récompensé. C’est valable aussi dans la vie, il faut s’accrocher. Il ne faut pas se voir trop beau quand tu gagnes et pas trop moche quand tu perds. Au sein de l’équipe je suis le bon copain mais qui râle un peu… ».

Le chaleureux public

Il n’est pas Nordiste mais celui qui serait le tir crochet s’il était un geste « essaie de véhiculer une bonne image de la ville de Denain. Je passe du temps avec les bénévoles, ils sont foncièrement gentils, ils sont derrière nous et nous apportent du soutien. Ce sont des connaisseurs, je les écoute, leurs paroles n’a jamais pour but de nous blesser. Les gens se mobilisent, c’est sympa au niveau de l’ambiance. Quand c’est serré et que ça pousse, ça aide vraiment. Les équipes adversaires n’aiment pas venir ici ».

Fan de sports

Crédit photo : Pascal Thurotte

Il aime évidemment le basket même s’il n’a « pas vraiment d’idole. Je regarde la NBA, la rapidité du jeu c’est incroyable. Parmi les joueurs français j’aimais beaucoup Cyril Julian, il avait de l’impact, il était dominant, il m’a impressionné. J’aime bien aussi Joffrey Lauvergne (San Antonio) et DeMarcus Cousins (Nouvelle Orléans). Je suis déjà allé à Saint-Amand et Villeneuve d’Ascq, les joueuses sont appliquées, elles sont dans l’exécution, elles récitent les systèmes ». Le basketteur aime regarder beaucoup d’autres sports. « Riner j’ai suivi son 10e titre de champion du monde. En foot je supporte l’OM. Quand j’étais sur Aubagne, j’étais abonné au Vélodrome, ce stade est incroyable ! Je suis déjà allé au stade de France, à Lille, Lens, Nantes, Lyon, j’aime l’ambiance de stade. Au rugby je supporte Perpignan, j’ai vu la finale du Top 14 la saison dernière ».

Les loisirs

« En dehors du basket j’ai peu de temps libre. Je passe le maximum de temps avec ma copine, originaire de Perpignan, qui fait des études à Lille. J’aime aller au resto et goûter les spécialités locales, j’apprécie tout ce qui est à base de maroilles et la carbonnade. Je cuisine aussi, je maîtrise les lasagnes ».
L’intersaison est propice aux voyages, « chaque été je découvre un pays. Nous sommes allés aux Etats-Unis ».  Le programme était éclectique : du tourisme dans le Grand Canyon, un match de basket de la Summer League NBA à Las Vegas, « j’ai vu jouer Isaïa Cordinier (ancien équipier denaisien) », aux promenades, discuter avec les locaux et se reposer.

L’après basket

« L’après basket ne me fait pas peur, être joueur professionnel est un luxe. Je pense encore jouer 4-5 ans. Après j’irai travailler sans crainte ni appréhension. Je ne suis pas attiré par le coaching. Je n’ai pas assez de connaissances pour les transmettre, je n’ai pas la volonté de passer un diplôme. Je serai probablement dans la comptabilité, je verrai le moment venu. Je rencontre beaucoup de personnes dans le basket, j’entretiens de bonnes relations, des opportunités se présenteront peut-être ».

La fiche

Jérôme Cazenobe
Né le 7 mai 1989 à Montfermeil (93)
2,03 m, pivot
2007-08 : Fos-sur-Mer (Cadets France)
2008-12 : Toulouges (NM2)
2012-13 : Souffelweyersheim (NM1)
2013-14 : Souffelweyersheim (Pro B)
2014-15 : Denain (Pro B)
2015-16 : Bourg-en-Bresse (Pro B)
2016-18 : Denain (Pro B)

Anne Seigner

 

 

 

 

Publié par Anne Seigner le 1 décembre 2017
Basket Denain voltaire Jérôme Cazenobe
(Basket-PRO B) A 28 ans Jérôme Cazenobe n’a pas fini son apprentissage
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