Après bien des vicissitudes au cours de ses trente premières années, Edgar Renaudineau a mis sa passion au service de milliers d’adeptes de cette discipline qui existe depuis des millénaires et qui trouve ses origines en Inde mais qui n’a atteint l’Occident que dans les années 1950 et 1960. Il nous raconte ce long chemin qu’il a parcouru.

Edgar est né d’une famille de petits paysans le 3 août 1955 à Rouans, une commune rurale de Loire-Atlantique, proche de Nantes. Son père décède alors qu’il n’a que 5 ans et sa mère l’élève, avec sa sœur et ses deux frères. En 1964, il se retrouve seul avec sa mère qu’il aide, malgré son jeune âge et après l’école, dans les travaux de la ferme « avec son cheval  « Coco »  et ses trois vaches. Il a 14 ans quand sa mère fait la connaissance d’un ami mais Edgar ne s’entend pas avec ce beau-père et après avoir obtenu son Brevet des collèges (le BEPC à l’époque), en 1971, il la quitte et vit sous la tutelle de membres de sa famille. Très vite il trouve un emploi de barman dans le restaurant La Madelon à Le Fenouiller, en Vendée puis à Nantes où il est mieux rémunéré.

Comment il fait connaissance avec le yoga

E. Renaudineau et son cheval Coco

C’est au cours de vendanges auxquelles il participe en septembre 1974 qu’il rencontre « un jeune un peu fou » dit-il, qui lui fait connaître le yoga et les échecs. Le hasard faisant bien les choses, son destin le poursuit et un mois plus tard, alors qu’il vient d’être incorporé pour effectuer son service militaire (il sera barman au mess des officiers au Cadre Noir de Saumur), il rencontre « le même genre de loufoque, secrétaire de l’adjudant, qui lui aussi joue aux échecs et surtout, qui pratique le yoga…».

En octobre 1975, il reprend la vie civile et dès son retour à Nantes, une discussion de  comptoir lui permet de retrouver un nouvel emploi : « Edgar travaille désormais au « Café des deux gares » ». Un an plus tard, c’est la rupture avec sa copine. Il décide de partir à la montagne, dans les Alpes. Mais les places de barman qu’on lui offre ne lui conviennent pas. Il s’engage alors pour un périple dans toute l’Europe : en voiture, depuis Monaco, il traversera l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, la Hollande, la Belgique. Sans le sou, il décide de rentrer en France – nous sommes en novembre 1976. Il arrive un soir à Lille où, dès le lendemain il redevient serveur, en face de la gare.

Quelques mois plus tard, il apprend que le Casino de St Amand-les-Eaux recherche du personnel  pour le bar de la salle de jeux. Il se présente et est embauché aussitôt.

Victime d’un grave accident de voiture en juillet 1977, il est hospitalisé un mois avant de retourner chez sa mère en Loire-Atlantique où il fait sa propre rééducation physique – faut-il rappeler qu’il est adepte de yoga – ce qui lui permet de réintégrer son emploi dès le mois d’octobre.

Lassé du travail nocturne au Casino, il souhaite se reconvertir. Avec un ami chef de chantier dans la construction de maisons parasismiques, il part en Algérie en 1983, à une époque où le travail ne manque pas dans le domaine (le pays a été frappé par le séisme d’El Asnam en 1980). Mais « les promesses qu’on lui a faites ne sont pas tenues, les Français ne sont pas très bien accueillis…» et il revient  en France , à Valenciennes, en 1984.

Il sera alors « commercial » dans les secteurs les plus variés comme la vente de vues aériennes, d’alarmes d’habitation, avant de se réfugier dans l’installation de systèmes de télésurveillance.

Là où il bascule vraiment dans la discipline et en fait un métier.

Bien qu’il fasse remarquer qu’il a toujours pratiqué puisqu’il a été élevé à la campagne, ce qui l’a « amené naturellement à la contemplation et à la méditation…» ce sont la lecture de nombreux livres et la rencontre  de Shri Mashesh (premier Maître de Hatha Yoga en France –  il a contribué à en structurer l’enseignement en créant la Fédération en 1969) qui incitent  Edgar à s’inscrire en 1977 aux cours dispensés à Valgym.

C’est là qu’il découvre véritablement ce qu’est le Hatha Yoga et quels bienfaits il procure.

« Dans l’esprit des Occidentaux, le yoga est souvent assimilé à une religion. Ce terme de religion est à supprimer : le yoga est une science ; c’est la prise de conscience du corps et de l’esprit. C’est une discipline corporelle et mentale. Les postures sont réalisées avec lenteur et sans effort. Elles sont rythmées par la respiration. L’adepte dialogue avec son corps, devient attentif aux sensations qu’il ressent. C’est la prise de conscience du moment présent. Les périodes de détente libèrent le corps des tensions nerveuses et musculaires : “Mieux maîtriser son corps dans la détente permet de mieux le contrôler dans l’action ”. 

Le yoga apporte une meilleure santé générale (très jeune, Edgar était chétif et asthmatique, des maux qu’il a oubliés par la pratique du yoga). La souplesse corporelle est maintenue ou améliorée, la respiration est mieux contrôlée. Il permet de trouver un meilleur équilibre mental (détente, paix intérieure). »

Bien qu’il n’ait pas, au départ envisagé d’en faire un métier, la formation entreprise auprès de la Fédération française de Hatha Yoga et son assiduité en feront rapidement un professeur. Des formations et des stages aussi lui ont permis de côtoyer les plus grands comme Bks Iyengar, André Vanlysebeth, auteur d’une encyclopédie du Hatha yoga ou encore Eva Ruchpaul, l’une des premières femmes yoginis d’Europe, avec lesquels il s’est perfectionné.

Dès 1985, il remplace « son excellente enseignante » qui cesse ses activités à Valgym où il accueille déjà 200 élèves dans les six cours hebdomadaires qu’il assure.

En 1987, c’est l’association « Art et Mouvement » – devenue depuis le  » Club de yoga et Bien-être de Saint-Amand-les-Eaux  » – qui lui fait appel pour initier une trentaine d’élèves (le club en dénombre aujourd’hui près de 150 !)

En 1989, alors qu’il habite près de Cambrai, il rencontre des personnes intéressées et accepte de leur prodiguer ses connaissances. Ce ne sera cependant qu’en 1992 que l’association « Yoga et relaxation » verra le jour – plus de 100 adhérents maintenant.

Des communes dans lesquelles il exerce encore chaque semaine auprès d’un public toujours plus nombreux. Son travail, c’est important de la signaler, a contribué également à ce qu’une vingtaine de personnes soient amenées à l’heure actuelle à l’enseignement du yoga.

Outre ces cours, il a enseigné également dans des établissements scolaires, de la maternelle au lycée, 20 ans à la Maison des Jeunes de St Saulve, à la Maison d’arrêt de Valenciennes…

Ces heures d’enseignement sont pour lui toutes différentes : « Chaque séance est une nouvelle séance » dit-il. Son objectif ? « Faire découvrir la nature de chaque être, arriver à dire aux gens « vous allez Vous rencontrer ». Ses méthodes ? « La fermeté et la douceur : diriger les gens mais ne rien leur imposer. Leur faire prendre conscience de ce dont ils bénéficient et apprécier ce qu’ils peuvent avoir, être – et non paraître. »

Une discipline, « une science » comme il le rappelle, qui a beaucoup agi sur sa propre personne : Edgar prône le détachement – mais pas l’indifférence. Un esprit qui ne l’a pas empêché d’adhérer à d’autres activités sportives et de participer d’ailleurs à de nombreuses compétitions, course à pied (7 fois le marathon de Paris), triathlon, natation,  kayak, ski alpin ou encore roller et standup paddle qu’il pratique encore aujourd’hui

L’avenir ? Indécis, il refuse d’en  parler mais dans le domaine du yoga, « la boucle semble être bouclée car  depuis 3 ans, l’un de ses élèves yogi est aussi…joueur d’échecs !.. »  Le hasard d’une carrière ?

Patrick WILLAI

Publié par Daniel Carlier le 1 décembre 2017
Edgar Renaudineau
Edgar Renaudineau, initiateur de Hatha Yoga depuis plus de 30 ans
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