Décédé le 25 mai 1979 à Valenciennes dans sa maison rue d’Alsace, Louis Duvant fait partie de ces hommes et femmes, sans le moindre diplôme, qui ont réussi une carrière hors norme. Chef d’entreprise de fabrication de moteurs, « Etablissements Duvant » fondée par ses parents, il propulsa cette activité industrielle vers une dimension internationale (documents, visuels inédits dans cet article).

Louis Duvant (1883-1979)

Louis Duvant a 9 ans

Né le 8 octobre 1883 au hameau du Vert Gazon à Valenciennes, un quartier dont seul le nom le remplissait d’émotion ; Louis Duvant débuta sa carrière professionnelle en juillet 1900 quand son père le retira du lycée de Valenciennes pour le faire travailler à ses côtés dans son atelier de mécanique et de construction de machines à vapeur. A la mort de son père en 1907, il prend en charge l’atelier, installé dans la propre maison familiale, fondé par son père près de trente ans plus tôt. Il présidera à la destinée de cette entreprise jusqu’en 1968, date à laquelle il prendra sa retraite dans sa maison, rue d’Alsace, à deux pas des ateliers qu’il dirigea depuis plus de soixante ans, « Les Etablissements Duvant ».

Le sens de l’entreprise

Louis Duvant a 30 ans

En 1914, au début de la guerre, il part à Paris où son sens de l’observation l’amène à quelques intéressantes conclusions. Ayant remarqué « que les Parisiens marchaient beaucoup », il achète quelque matériel et transforme son logement en atelier de fabrication de semelles qu’il baptisera « South America » et qui lui vaudront un beau petit succès. De retour à Valenciennes, il reprend la direction de l’entreprise familiale et bénéficie de l’indéfectible soutien de sa mère et sa sœur, seule famille puisqu’il resta célibataire, sans enfant jusqu’à sa mort.

En collaboration avec un ingénieur des mines, M. Clamart, il lança « des moteurs verticaux à huile lourde » particulièrement appropriés pour la batellerie. Après la guerre, Louis Duvant relance son entreprise en construisant des moteurs diesel notamment couplés à des groupes électrogènes et dont le succès commercial est considérable, tant en France qu’à l’étranger. En 1933, il transforme son entreprise en société anonyme dont il est nommé président.

Développement à l’international 

Les moteurs Duvant se sont vendus dans de nombreux pays, et notamment à l’installation de seize  centrales diesel en Lybie. En effet, les Etablissements Duvant ont obtenu en 1970 un marché, en plusieurs phases, avec le gouvernement libyen( province de Fezzan). Installation sur site avec également un transfert de technologie, car des ingénieurs libyens sont venus se former sur Valenciennes, mais aussi Maubeuge dans les Etablissements Duvant. C’était déjà du transfert de technologie à l’époque… !

Les « Etablissements Duvant » ont équipé également de nombreuses péniches présentes sur tous les canaux européens.

Un procès verbal par jour sous la Tour Eiffel

Stand Louis Devant à l’exposition parisienne… avant déménagement !

Ses coups de menton étaient redoutés, un peu volcanique en quelque sorte. Pour illustrer ce trait de caractère, voici une  anecdote savoureuse. Louis Duvant avait eu la chance de participer à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925 sur Paris. L’emplacement de son stand ne lui plaisait pas du tout (visuel du stand à gauche). Alors, il décida… « il y a avait une place merveilleuse, c’était sous la Tour Eiffel. Sans faire aucune demande, je mes suis installé sous la Tour Eiffel avec 3 moteurs », disait-il dans le journal le Courrier du Hainaut du 03 décembre 1971. Bien sûr, les autorités ont essayé de le déloger, ce qui lui valu un procès verbal par jour. Et en même temps « j’ai rencontré à cette occasion, sur cet emplacement, le propriétaire de la Saint-Maritaine avec qui j’ai réalisé une affaire très importante. Ensuite, (effet boule de neige) j’ai équipé le Chambre des Députés, , quelques gares parisiennes, le Printemps, la Banque de France… », ajouta-t-il dans cet article. On peut dire que le coté insoumis a porté ses fruits à l’époque… !

Vie active au service de la collectivité

Louis Duvant à l’inauguration de la sa Fondation/Crédit Photo La Voix du Nord

Dès 1947 et jusqu’au début des années 1970, Louis Duvant participe activement à la vie valenciennoise en devenant adjoint au maire, en charge des travaux. Il contribuera ainsi à la reconstruction de la ville après la seconde guerre mondiale. En 1972, il annonce son désir de participer à la réalisation d’une maison de retraite pour personnes âgées. Il financera dans son intégralité la création de la fondation Louis Duvant, inaugurée en 1975 et encore en activité aujourd’hui.

Il justifiera cette donation de 2,5 millions de francs au CHV, consécutive à la modernisation par ses soins également de la maison de retraite des Chartriers, en quelques termes bien choisis : « J’ai pensé à faire une maison de retraite agréable pour personnes âgées en me souvenant des paroles du Maréchal Foch : « Nous avons à poursuivre le bien sur la terre, même après en être partis, par des institutions qui nous y représentent  » » Une citation représentative de ce que fut la vie de Louis Duvant, mort sans héritier mais désireux de voir perpétuer son nom. (Le discours in extenso).

Dans cet article dans le Courrier du Hainaut, il explique son geste : «  N’ayant pas d’héritiers directs, j’ai pensé récompensé mes collaborateurs »… « ils seront propriétaires dans cette maison de retraite »… « En fait, ma vraie famille, ce sont les collaborateurs »… « Je ne tenais pas à ce que l’Etat hérite du fruit de mon travail. Je lui ai donné assez d’argent… ! » Vous avez dit rebelle ! Retrouvez le mot du directeur du CHV, M.Ragouilliaux, dans le Livret d’accueil de la Fondation Louis Duvant en septembre en 1975 (texte ci-joint en PDF)

Pour autant, il n’entretenait pas de mauvais rapports avec les représentants de l’Etat. d’ailleurs, en 1967, il reçoit les insignes d’Officier de la Légion d’Honneur avec comme parrain, le Préfet du Nord. Presque prémonitoire dans son discours sur l’ambition d’un territoire, il souligna s’adressant au Préfet « je me permettrai de dire qu’étant près de nous, Valenciennes se sent un peu Préfecture ! ». Plus de 20 ans après sa mort, Jean-Louis Borloo a défendu l’idée d’un nouveau département, celui du Hainaut, 350 000 habitants, une idée riche et utopique ?

Un avant-gardiste

Autodidacte et fier de l’être, il avait ce que beaucoup recherche avec appétence, des idées neuves. Par exemple, il avait, entre autres, réalisé les plans de la Place dArmes avec un parking souterrain pour s’adapter à l’arrivée massive du nouveau mode déplacement des familles : la voiture. Ce visuel du plan est dans les mains d’un élu municipal, voire encore en mairie ?

Autre facette de cette personnalité multiple, artiste lui-même, il encouragea très tôt la pratique artistique valenciennoise : en 1934, il commanda son médaillon au graveur Pierre Dautel. Plus tard, il fit façonner une médaille destinée à être distribuée aux employés de ses ateliers. De 1961 à 1978, suivant son inclination artistique, il présida le salon des artistes indépendants valenciennois. A sa retraite en 1968, cet amateur d’art de toujours fut un acheteur assidu d’œuvres et autres antiquités.

Louis Duvant s’est éteint le 25 mai 1979, dans sa 96ème année. Près de 50 ans après sa mort, son nom est encore profondément attaché à la ville de Valenciennes.

Parfois, un faire-part dit beaucoup !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 1 décembre 2017
Louis Duvant Valenciennes
Louis Duvant, industriel et mécène valenciennois
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