Alann Parois, 42 ans, joueur et entraîneur au club de baseball les Vipères à Valenciennes, est incollable sur son sport qui est également sa passion. Casquette New York Yankees vissée sur la tête, il tient un interlocuteur en haleine sans difficulté : pédagogue, il décrypte le jeu, raconte des anecdotes ou fait des références à l’histoire du baseball. Rencontre avec celui qui a transposé la philosophie de jeu à sa philosophie de vie : just baseball.

Découverte du sport

« J’ai d’abord pratiqué le hockey sur glace vers 3-4 ans. Mon demi-frère était licencié et mon père réparait les jeux à la patinoire. J’en ai fait jusqu’à l’âge de 11 ans ». Le jeune garçon s’initie à d’autres sports : tennis, basket, football, handball. « Un jour au lycée Watteau, j’ai vu une affiche, je suis allé voir un entraînement de baseball à Nungesser. ça m’a plu directement, un véritable coup de cœur ». Souple et grand (1, 95 m), Alann Parois s’éclate depuis 26 ans. Un joueur de baseball a un rôle en défense et un en attaque. « Frapper dans la balle est un geste sportif difficile mais quand tu réussis, c’est jouissif. Ce sport est magnifique ».

Disciple de Louis Dupont

« J’ai fait une rencontre particulière avec Louis Dupont, professeur à l’Université Paris-Sorbonne. Il a joué au Canada à haut niveau puis est devenu entraîneur. Il nous a fait passer un cap ». Sa devise just baseball, ne pas se prendre la tête.

Des muscles mais aussi le cerveau

« Le baseball est un sport collectif mais le côté individuel est le plus important. Tout est noté dans les statistiques. C’est un sport qui demande beaucoup de réflexion, il crée une philosophie de jeu qui rejaillit sur la vie. L’homme que je suis a été influencé par mon sport. Je suis prévenant, je m’adapte, j’ai le contact facile avec les autres. Le baseball amène une cohésion. A notre niveau le baseball c’est 1/3 de physique, 1/3 de technique et 1/3 de tactique », précise le joueur et entraîneur.

« Je suis d’un tempérament calme. En réalité je bouillonne à l’intérieur. Je n’avais pas la mentalité baseball. Je prends du plaisir quasiment permanent dans ce sport. Pourquoi donc se priver de jouer parce que je suis énervé ou parce que je fais la tête ? J’ai toujours été sportif, je suis un faux calme parce que je me dépense. Ce sport m’a éduqué, m’a appris à me canaliser. Etre énervé ne sert à rien ! », consent le frappeur en tirant sur les poils de sa barbe.

Quelles qualités ?

« Il faut de la résistance, un match ça dure 3 heures. Il faut de l’explosivité, il y a des courses de 30 mètres. Il faut de l’attention, un joueur peut n’avoir qu’une action sur un match en défense. Il faut de la tactique et de la malice car l’adversaire décrypte les comportements, de la nervosité si un joueur jette son casque par exemple. Ces comportements réels ou programmés sont fréquents dans le diamant (zone en gazon située entre les bases), les Américains le surnomment la scène. Il faut parfois se sacrifier. Je citerai le cas de Florent, un ancien lanceur de javelot. Il a accepté le rôle de closer. Pendant 5 ans, il est venu à tous les matchs, il restait 2h45 sur le banc puis lançait 10 balles dans la dernière manche. Il ne prenait pas ça comme un sacrifice ».

Découverte du softball à Nice

Salarié du groupe Partouche, il a une opportunité à Nice. « Je suis parti à 31 ans. Je ne serais pas parti là-bas s’il n’y avait pas de club de baseball. J’ai même appris un nouveau sport le softball ». Il a ainsi participé à 6 coupes d’Europe, a remporté 2 titres de champion de France et 2 de vice-champion. « J’ai continué à apprendre et à progresser. Quand je suis arrivé, c’est surtout la section féminine qui était au top. Le club voulait développer la section masculine, j’ai donc essayé. La première saison j’ai évolué au niveau régional et la deuxième au niveau national. Le softball fait parti du baseball, c’est la même façon de jouer, c’est quasiment les mêmes règles. Je pratique les deux, c’est un investissement personnel ».

Retour aux sources

« Je suis revenu en 2017 », précise celui qui est désormais technico-commercial. « Je n’avais pas totalement coupé le cordon, je remontais dans le Nord 6 à 7 fois par an et j’assistais aux entraînements. Je me suis donc réinscrit dans mon club qui s’est hissé au même niveau que Nice. Les infrastructures sont supérieures, ça fait la différence ».

Alann Parois a désormais plusieurs casquettes : « je suis entraîneur du softball, lanceur en masculin et en mixte en softball, joueur de baseball et entraîneur de l’équipe 1 aux côtés de Jean-Paul Gomez et Marc Williamson ». En clair son agenda est bien rempli, « je n’ai que le lundi et le mardi off ».

En tant qu’entraîneur de l’équipe 1 il met en place les exercices, sélectionne les joueurs et définit la tactique. « Le plus compliqué est de gérer les tempéraments forts. Quand un joueur rate, il doit être convaincu que le coup suivant sera meilleur. Rater ça fait parti du baseball. Ma conception du baseball c’est une philosophie. Il y a toujours des évolutions possibles. Ma vision d’aujourd’hui ne sera peut-être pas celle de demain. Au baseball, nous pouvons tout remettre en cause. Parfois je me plante. Grâce aux nouvelles technologies il est possible de voir du baseball, je peux reprendre des tactiques et m’inspirer des grands joueurs. Derek Jeter, joueur des Yankees, est le clutch player, toujours là quand il faut. C’est le joueur que j’ai suivi le plus, il a terminé sa carrière en faisant gagner son équipe ».

Les Vipères

Il est fier du chemin parcouru par le club valenciennois depuis sa création en 1989 « le club a grandi au niveau de l’esprit grâce à Louis Dupont et aux différents présidents. C’est un travail de longue haleine. Le baseball n’est pas un sport phare. Au niveau des subventions c’est difficile mais nous n’avons jamais lâché. Le club a grandi sportivement avec des résultats positifs. Les Vipères comptent de nombreux bénévoles, l’été ils organisent une soirée tous les vendredis. Nous avons même des bénévoles qui ne pratiquent pas le baseball. Une personne qui entre dans le club n’en sort pas qu’elle soit entraîneur ou bénévole, le baseball c’est jusqu’à la fin de la vie  Avoir ces bénévoles vous tend à performer. Nous avons accueilli l’Equipe de France cet été, j’ai le sentiment que nous avons participé au résultat des bleus  ».

Les objectifs

« Pour l’équipe 1 de baseball, l’objectif est de gagner le championnat national. Nous allons intégrer un ou deux nouveaux joueurs, il ne faudra pas rater les play-offs et reprendre l’entraînement mi-août ».  L’année dernière les Vipères avaient été éliminés en quart de finale des play offs.

En softball, l’entraîneur vise une coupe d’Europe pour l’équipe masculine. « L’idéal serait d’avoir un noyau dur de 8 joueurs de softball plus 3-4 joueurs de baseball. Avec ça, nous pourrions réussir à performer en championnat de France. Je souhaite réussir à monter une équipe solide ».

L’entraîneur, qui est également membre du comité directeur, est « attentif avec les jeunes joueurs. Dans quelques années ils seront là. Si Valenciennes veut être un grand club, il faut de la jeunesse et qu’elle se renouvelle. Le club veut être grand dans ses résultats ».

Les prochains défis

Le joueur ne s’est pas encore posé de question sur la fin de sa carrière, « j’arrêterai de jouer en équipe une quand mes statistiques me le diront mais je continuerai pour le plaisir en régionale 2 ». Il souhaite tellement remporter un titre avec les Vipères, « je ne peux pas imaginer que le meilleur soit passé. J’ai eu de très bons résultats en softball à Nice mais mon club de cœur c’est Valenciennes. Si je pouvais en tant que joueur et entraîneur gagner les play offs, je n’aurais pas mieux, je l’apprécierai. Mon meilleur souvenir n’est pas encore arrivé. Je me rappelle plus des défaites que des victoires ». Il cite avec précision des défaites douloureuses au point d’être submergé par l’émotion comme si c’était hier. « Je n’oublierai jamais…Mon pire souvenir, c’est l’année où je quitte Valenciennes, nous perdons la finale et l’année suivante Valenciennes gagne, je l’apprends par téléphone, je suis dégoûté, abattu ». Papa d’une fille de 18 ans, Alann Parois se donne quelques années pour tenter une expérience Outre-atlantique, il en a déjà longuement parlé avec son équipier Derrick Mitchell. « La Californie, ça donne envie d’y aller ». Une chose est sûre en Californie, à Valenciennes ou ailleurs, il restera just baseball.


Anne Seigner

 

Publié par Anne Seigner le 14 janvier 2018
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(Baseball) Alann Parois : un corps souple et des idées flexibles
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