A Lecelles aux écuries des Bleugnies, Axel Pesek a un œil sur tout, les chevaux et les cavaliers. Débordant d’énergie, il se pose tout de même pour parler de sa passion du cheval. Vice-champion d’Europe de reining par équipe en 2016, 12 fois champion de France, champion du monde en individuel junior en 2017, le cavalier vise désormais les titres en seniors. En selle western avec un jeune pressé et déterminé à atteindre ses objectifs !

Un stage révélateur

« A l’âge de 4-5 ans mon père avait une entreprise de travaux agricoles et une société de transports. Il a crée une pension de chevaux. J’ai commencé à monter les poneys. J’ai découvert le reining en 2007. Nous avons reçu comme cadeau un stage au King’s valley près d’Orléans, c’est un lieu où l’on enseigne l’équitation western. Mon père et moi avons accroché. A 7 ans il m’a acheté mon premier cheval et j’ai commencé la compétition en 2012. Le reining est bien un sport pas un loisir. Il faut être calme, réfléchi, savoir respecter le cheval, ce n’est pas un jouet. Je ne suis jamais tombé, les chevaux sont éduqués. Le reining c’est abordable pour les débutants, qui prennent vite du plaisir ».

Qu’est-ce que le reining ?

Le reining est l’épreuve maîtresse de l’équitation western, la seule discipline à être présente aux Jeux Equestres Mondiaux et reconnue par la Fédération Equestre Internationale mais pas (encore) à l’affiche des Jeux Olympiques.
Le reining tient son origine dans le travail du bétail, dans les ranchs américains où règnent les cowboys. Pour se détendre après une rude journée de travail, les cowboys se sont amusés à s’affronter lors de joutes et à mesurer les qualités de leurs chevaux parfaitement dressés. Peu à peu ces joutes amicales se sont transformées en véritables compétitions.
Le cavalier et le cheval doivent exécuter une série de figures, toutes imposées et tenter de remporter le plus grand nombre de points possible. Cet ensemble de figures est appelé le pattern et comprend entre autre un roll-back (demi-tour au galop, sur les postérieurs) et un sliding stop (arrêt glissé en ligne droite). « Le sliding stop c’est ma figure préférée, on accélère puis je demande au cheval de s’arrêter, de glisser, c’est une sensation exceptionnelle, c’est incroyable ». Cette épreuve souligne la bonne entente cheval-cavalier ainsi que le bon dressage du cheval. Le cavalier ne peut en outre tenir les rênes que d’une seule main et ne peut pas toucher le cheval (c’est éliminatoire).

Les cavaliers s’affrontent dans des catégories, en fonction de leur âge et de leur niveau d’expérience. Le couple pénètre dans l’arène avec 70 points. Chaque figure du pattern va ensuite être notée par un jury, qui lui attribuera une note allant de -1.5 (très mauvais) à 1.5 (excellent). Le couple est jugé sur la précision du tracé, le respect du pattern ainsi que sur le calme, l’équilibre et la docilité de l’équidé. Des pénalités sont accordées en cas de mouvements non prévus dans le pattern ou en cas de défense de la part du cheval. A l’inverse, le couple peut gagner des points supplémentaires s’il a fait preuve de finesse ou que les figures étaient réalisées dans une attitude détendue et rapide. Les juges utilisent une feuille de score pour pouvoir noter chaque figure exécutée.

Autodidacte

Il reçoit des conseils des entraîneurs Bastien Bourgeois, Quentin Gallière et Christophe Kayser mais il sait entraîner son cheval. « Bastien a 30 ans, il est plus expérimenté, il m’apporte un regard extérieur. Je travaille tout seul. Mon cauchemar c’est la blessure. Je fais tout pour que ça marche, je prends soin du cheval, c’est lui le plus fragile ». Cette façon de travailler est bonne puisque les résultats sont là. Les trophées trônent fièrement dans le salon car il n’y a plus de place dans la chambre.
Le jeune cavalier n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin ! « J’y suis arrivé en persévérant, je ne suis plus le petit jeune, maintenant je suis un sérieux concurrent. Nous nous connaissons tous, les cavaliers s’entendent bien, nous sommes une grande famille ».

Avec Uncle Sparky

« Nous avons acheté ce cheval à Bastien Bourgeois. C’est un cheval qui a énormément de cœur et de talent. Il est petit, trapu, très élastique. La première fois que je l’ai monté, j’ai senti des sensations énormes. Je me suis entendu parfaitement, j’ai eu le feeling tout de suite, c’est le meilleur cheval que j’ai jamais monté ». Avec lui il a gagné le 12 août 2017 face à 34 concurrents le titre de champion du monde FEI Junior au CS Ranch à Givrins (Suisse). Premier de la qualification avec 218,5 points, il termine premier de la finale avec 221,5 points, « le meilleur score à mon actif. Cette compétition ne me faisait pas peur, c’était un défi, j’y croyais. Mon but était d’être dans les 5 premiers et 1er français ». La veille il avait remporté avec l’équipe de France junior la 3ème place derrière l’Italie et les USA.
L’adolescent sait que sa réussite, il la doit aussi à ses parents, « je les remercie, ils me poussent et ils croient en moi. Je me prépare dans mon coin, j’adore être en compétition, je sais « shower » ».

Objectifs sportif et scolaire

« Il y a 4 -5 ans jamais je n’aurai imaginé atteindre ce niveau. Je suis passé PRO en 2018, mon but c’est d’intégrer l’équipe de France senior ». Pour se qualifier il doit réaliser 2 fois un score de 73 points. La composition de l’équipe de France sera annoncée en juillet. En ligne de mire les Jeux équestres mondiaux en Caroline du Nord en septembre 2018
Pour atteindre ses objectifs le lycéen en terminale à Lesquin bac pro conduite et gestion des entreprises hippiques s’entraîne 5 fois par semaine. « Les séances durent 45 minutes, nous travaillons les figures les plus faibles pour les perfectionner et nous entretenons les points forts ». Gérer les deux « reste compliqué » mais il espère décrocher son BAC.

Le modèle Fonck

« Je suis fan de Bernard et Ann Fonck, j’aime comment ils performent, ils sont constants. Le juge sait que quelque chose de bien va se passer. Si j’arrive à leur niveau, ça sera génial. Etre champion du monde ça m’a ouvert des portes, je suis connu dans le milieu international ». Comme un signe, le belge s’est imposé dans la catégorie FEI world champion senior en individuel l’année où Axel a été champion junior.

L’avenir

Celui qui a soif d’apprendre se voit bien partir quelque mois aux Etats-Unis « pour travailler ». En attendant il souhaite « développer et entretenir le bijou de famille que mon père a construit. Mon avenir est un peu tout tracé. Je veux créer le premier centre équestre de reining dans la région aux écuries des Bleugnies. Je veux gagner le plus possible, être parmi les meilleurs au niveau mondial. Si j’ai des enfants un jour, avec une cavalière si possible, je souhaite les emmener haut, voire plus haut que moi. Ce n’est pas facile tous les jours, il y a parfois des contre-performances, il faut savoir gérer et l’accepter, c’est comme ça que j’avance. J’adore travailler ici même si c’est une journée de 10 heures, ça ne m’embête pas. Après je sais me dégager du temps pour faire autre chose, aller au ciné par exemple ».

Le soutien familial

Axel Pesek, qui petit n’était pas intéressé par la PlayStation et préférait être dehors, a une sœur Laurine 21 ans et un demi frère Mickaël 24 ans, « ils ne sont pas dans le métier ».
Yannick le papa monte Haidas Quixote Whiz, il fait de la compétition en amateur pour se faire plaisir. Catherine la maman ne monte pas mais suit son fils évidemment, « je suis très impressionnée, il ne lâche rien, j’étais persuadée qu’avec son nouveau cheval, il y arriverait. Axel est un ado sans problème, au travail il est sérieux mais à la maison il déconne. J’étais à ses côtés lors du titre mondial, j’étais stressée tout le parcours, j’étais fière de lui, j’en ai pleuré, c’est une belle reconnaissance. Quand il était plus jeune, je ne l’accompagnais pas, je stressais trop. C’est un champion, c’est mon champion ».

Dans les yeux d’Anaïs Tilmont

Du haut de ses 12 ans, Anaïs Tilmont passe de box en box, parle aux chevaux, les brosse, elle est chez elle. Et pour cause, enfant elle est gardée par la maman d’Axel. La brunette le suit comme son ombre, « j’ai voulu faire comme lui, j’ai adoré dès le début. J’adore le contact avec le cheval, c’est comme un frère. J’ai pleuré quand Axel est devenu champion du monde, c’était trop bien, il est mon modèle ». Dans l’arène Axel Pesek lui donne des conseils, il est ferme, exigeant. La cavalière recommence plusieurs fois la figure travaillée sans sourciller, chaque détail compte…Et oui pour gagner, les figures doivent être parfaitement exécutées !

Anne Seigner

Publié par Anne Seigner le 14 avril 2018
Bastien Bourgeois Bernard et Ann Fonck Christophe Kayser Quentin Gallière
(Reining) Au galop avec Axel Pesek
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